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Venise, inquiète et vieillissante, masquait ses rides et sa
décrépitude sous des couches de fards chaque jour plus
épaisses. Aussi s’offrit-elle immédiatement à
ce jeune homme de 25 ans, séduite par sa prestance, son esprit,
son intelligence, sa détermination et son charme. En vieille
courtisane, revenue de tout et rompue à toutes les intrigues,
mais à l’instinct infaillible, elle avait aussi très
vite décelé en Andréa un amant prometteur qui
saurait l’honorer pleinement. Elle lui avait donc ouvert grand
sa couche tout en n’oubliant pas de la joncher d’or.
Andréa Forlani n’avait su lui résister. Depuis
bientôt dix ans, il rendait quotidiennement hommage à
sa vieille maîtresse avec une fidélité à
toute épreuve, un dévouement de tous les instants doublé
d’un sentiment fort étrange pour qui connaissait Andréa
et qui s’apparentait à l’amour.
Venise, reconnaissante, avait fait de lui l’un de ses hommes
les plus puissants et les plus redoutés. (...)