Une heure du matin.
« ZCZC, ZCZC… »… Je tapote rageusement cette
petite formule magique qui débute tout message sur le clavier
des télescripteurs.
En mules et en peignoir dans la pièce nue et glaciale qui abrite
le T100, un mastodonte d’acier. Depuis près d’une
demi heure. J’essaie de joindre Bangui, en Centrafrique. Rien
à faire, la ligne ne "passe" pas.
Je surprends brusquement mon reflet dans la porte fenêtre qui
donne sur le noir de la brousse.
Curieuse apparition. La cigarette aux lèvres, l’air furibard,
je n’ai vraiment pas l’heure aimable. Il y a de quoi.
Il y a une demi heure, j’étais lovée dans les
draps, contemplant avant de m’endormir mon visage dans les miroirs
cuivrés qui recouvrent le plafond de ma chambre, ma chambre
"ardente" ainsi baptisée, car toute de velours incarnat
revêtue, quand les petites lumières rouges des huit téléphones
de la villa se sont toutes mises à clignoter, les huit sonneries
se sont mises à hurler.