Tchad


(...) 14heures. Kousséri, au Cameroun, dernière étape avant le Tchad. Ville frontière.
Dans sa guérite incandescente, chauffée à blanc par le soleil, le fonctionnaire, à moitié assoupi, feuillette distraitement mon passeport. D’un air las, il me le tend. Il a oublié d’apposer le tampon de sortie.
En face, le fleuve. Le Chari. Un très gros marigot fangeux. Au milieu, des bancs de sable. Sur les rives, à l’ombre d’arbres rachitiques et couverts de poussière, des marchands de mangues ou de kola.
Un aveugle, assis en tailleur sur le bas-côté, enveloppé dans une gandoura sale et déchirée, lance des cris plaintifs en tendant une coupelle.
Des adolescents poussent des chariots chargés de sacs estampillés CEE, lourds de farine, de riz, de sucre. Les roues s’enfoncent dans le sable.
De l’autre coté, le Tchad. N’Djaména.
La pirogue. Chargée à ras bord de denrées, de bidons, de matrones africaines en robes colorées. Nous sommes les seuls européens dans cette embarcation, longue et étroite, poussée à la force du poignet par le piroguier, courbé sous l’effort. Elle éventre lentement les eaux jaunâtres et longe les rives sableuses. Des femmes font la lessive. Un peu à l’écart, des hommes se lavent dans le fleuve, le corps nu et la tête couverte de savon.
A peine débarqués, une horde de gamins nous entourent et nous escortent jusqu’au poste de police, bâtiment délabré, ocre, étoilé d’impacts de balles. Entouré de barils d’essence entassés les uns sur les autres, de centaines de sacs de denrées. Partout des hommes en armes.


Mes Afriques - Carnets
Éditions l'Harmattan

 

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