(...) Campé devant moi, sur la terrasse de la résidence,
une coupe de champagne à la main, il me regarde en biais de son
unique œil valide. Un œil gris, intelligent, inflexible. Un
oeil de rapace. L’autre œil est masqué par un bandeau
noir. Souvenir d’Indochine. Ses lèvres minces et livides
ondulent, se tordent en un sourire effilé.
Malaise. Je ne sais trop où poser mon regard sur ce visage ingrat
et raviné. Eviter ses yeux, éviter ses lèvres…Sourire,
être plaisante, charmante, c’est tout ce qu’il attend
de moi ce matin. Et pourtant tout me gêne, tout me déplait
en lui. Instinctivement.
Ce premier contact, cette confrontation plutôt, avec l’ambassadeur,
est extrêmement important, vital même, non pour notre avenir
dans ce coin d’Afrique, mais pour notre tranquillité d’esprit.