Une fable anonyme

 




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"Elle" :

Elle n'était plus très jeune et elle dépérissait dans son petit village aux côtés de sa vieille mère, une bigote à la peau aussi desséchée que le coeur. Aucun homme ne la convoitait, aucun homme ne la patouillait, sa vie n'était qu'ennui, amertume et déception.
Cette Bovary campagnarde avait toutefois son jardin secret qu'elle cultivait chaque nuit au fond de son alcôve; elle rêvait au grand Amour et se piquait de littérature autant que de poésie.
Un jour, elle rencontra un bel esprit, au minois avenant, qui lui apprit non seulement l'art de la rime mais aussi celui de relever son jupon. Sa vie en fut métamorphosée. Initiée en un après-midi dans un champ d'avoine aux délices de la poésie et aux plaisirs de la chair, elle s'évertua du mieux qu'elle put à combler et à satisfaire son galant. Taraudée par l'idée qu'il put lui être infidèle, elle devint vicieuse, méchante et jalouse : elle le traqua partout, furetant jusque dans les cours de ferme, harcelant les accortes servantes des auberges où son mirliflor aimait à réciter ses vers, parcourant les routes, le suivant dans les villes et les villages de la campagne environnante, laissant dans son sillage des relents méphitiques.
Les paysans ricanaient sur son passage, les filles de ferme relaçaient fébrilement leur corsage et s'enfuyaient à son approche.
Un jour, alors qu' elle composait pour son gandin quelques vers enflammés, assise à l'ombre d'un chêne, elle remarqua un vieux corbeau. Ce funeste oiseau la regardait fixement de son oeil incandescent. Il tenait en son bec jaunâtre une plume noire et luisante qu'il laissa choir sur ses genoux. Elle s'en saisit, déchira son poème et se mit à écrire un billet enfiellé à une belle d'une ville voisine qui avait eu l'effronterie de sourire à l'inconstant...

"Lui" :

Il n'était plus très jeune mais portait encore beau *(peut s'énoncer à haute voix). Dans sa bourgade verdoyante, il se languissait. Entouré d'un bataillon de servantes dévouées et d'une escouade de célimènes tout aussi attentionnées mais vieillissantes, à l'esprit et à la chair par trop rustiques, ce fin lettré campagnard (ne se flattait-il pas de lire Homère dans le texte ?) avait toutefois son jardin secret qu'il cultivait chaque nuit : il rêvait d'une donzelle avenante et raffinée qui, sans façon, lui accorderait ses faveurs. Il sillonnait régulièrement les villes et les villages et au gré de ses rencontres dans la meilleure société provinciale, troussait quelque triste et insipide jupon dans les arrières salles de cercles privés.
Un jour, ce cuistre rencontra ...
etc. etc.

Martine, le 13 avril 2006.

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