Le
14 thermidor an II, au lendemain de la chute Robespierre, Fréron
qui, avec Barras, exporta la Terreur en Provence, s'écria du haut
de la tribune de la Convention : " Je demande que Fouquier-Tinville
aille cuver dans les enfers le sang qu'il a versé ".
Fouquier-Tinville... En bonne place dans la galerie des "monstres
célèbres", Fouquier, la légende noire de la Révolution.
Ex-procureur
au Châtelet, besogneux, bon époux, bon père de famille, Fouquier se
jettera à corps perdu dans la Révolution et occupera pendant près
de dix sept mois le poste d'accusateur public près du tribunal
révolutionnaire.
Fouquier-Tinville. Infernal rouage de la machine révolutionnaire
qui sera chargé d'appliquer les lois dictées à la Révolution par la
situation née de la guerre et de la subversion intérieure. Fouquier-Tinville.
Coupable. Après avoir appris son arrestation imminente, il se rendit
lui-même à la Conciergerie et se constitua prisonnier.
Pour sa défense, il déclara à ses juges : "J'ai exécuté et fait exécuter
les lois révolutionnaires du 22 prairial. On ne peut m'imputer ce
crime et je ne suis responsable sous aucun rapport des malheurs et
des inconvénients qui peuvent en être résultés, parce que je n'étais
qu'un être passif, un rouage, un ressort en un mot qui faisait mouvoir
la loi ".
Exécuter les ordres, appliquer les lois scrupuleusement, strictement,
aveuglement, en se gardant bien de les interpréter, c'est justement
ce que l'on reproche à ce magistrat de l'Ancien Régime, légiste
endurci, rompu à la chicane et à la procédure, voulant à tout prix
gagner ses procès, fût-ce en transformant parfois les faits ordinaires
en délits contre-révolutionnaires. Il est inexcusable, lors
du procès des dantonistes, d'avoir refusé aux accusés le droit de
faire entendre leurs témoins.
Il attendit, dans le silence de cette prison dont il fut maître, son
exécution qui eut lieu le 18 floréal an III (7 mai 1795), songeant
peut-être qu'il avait perdu son dernier procès : le sien.
Dans
ce livre (paru en 1961), Pierre Labracherie, s'appuyant sur des documents
des Archives nationales et l'étude de minutes notariales, s'efforce
de ramener le mythe de Fouquier à des proportions humaines et évoque
les aspects révolutionnaires du personnage tour à tour inexorable
et indulgent, autoritaire, coléreux, mais secrètement tourmenté et
comme l'écrivit Madame de Chastenay " enivré de la coupe de
la mort, mais désespéré de son état ".