«
J’ai écrit
ma vie pour me faire rire et j’y réussis
»
Casanova
«
L’Histoire de ma vie », un chef-d’œuvre
écrit par un dilettante de génie.
Comme l'indique Rives Childs (l'un de ses meilleurs
biographes), s’il avait mené une existence
conformiste et non celle d'un aventurier (et, à
beaucoup d’égards celle d'un raté),
il serait aujourd'hui quasiment oublié.
"L'Histoire de ma vie", reflet fidèle
d'une certaine société du XVIIIème,
est à plus d'un titre un précieux
document historique et sociologique.
Une œuvre passionnante, émouvante, qui
nous donne une si grande idée de ce siècle.
Qui était finalement Casanova ? Un éternel
jouisseur (« semper novarum rerum cupidus
»), toujours en mouvement, voulant vivre mille
vies en une seule, ne surfant que sur l’écume
de l’existence, aimant les femmes et aimé
d’elles (car leur révélant leur
féminité) et menant une existence
à nulle autre pareille.
Ni meilleur ni pire que ses contemporains dans les
milieux ou il évoluait, ni plus amoral, ni
plus cynique que ces derniers, il parlait sans fard,
sans gêne, mêlant naïveté
et bonhomie, roublardise et générosité.
Lors
de leur première publication en 1822, ses
« Mémoires » ou « Histoire
de ma vie » (rédigées en français)
furent accueillies avec scepticisme.
Si certains remirent en question leur authenticité,
ou affirmèrent que seul un écrivain
de l’envergure de Stendhal avait pu les écrire,
leur succès fut immédiat et elles
furent traduites en plusieurs langues. Certaines
traductions, si elles expurgeaient de nombreux épisodes,
restèrent fidèles au texte. D’autres,
un peu moins... telle celle de Jean Laforgue (professeur
de français à Dresde) qui vers 1826
fut chargé d’établir le texte
de l’édition française. Ce dernier
corrigea les gaucheries de style de Casanova (s’il
possédait bien la langue française,
sa grammaire n’en était pas moins un
peu floue), mais se permit d’embellir les
Mémoires en les mettant au goût du
jour, déforma la pensée du Vénitien
au point de le faire passer pour irreligieux, éluda
ou atténua tous les commentaires défavorables
sur la Révolution, expurgea quelques épisodes
qu’il jugeait fort licencieux, ou au contraire
ajouta certains détails volontairement croustillants.
Texte donc altéré, déformé
par un homme certainement sérieux, qui certes
aime et admire Casanova, mais par un homme qui illustre
parfaitement cette " bien-pensance " et
ce " refoulement " du XIXème siècle.
Exemples des palinodies et gesticulations stylistiques
de Laforgue... :
-
Là ou Casanova écrivait : «
Je baise l’air, croyant que tu es y »,
Laforgue écrit : « Je lance mille baisers
qui se perdent dans l’air ».
-
« Sûr d’une pleine jouissance
à la fin du jour, je me livrai à toute
ma gaieté naturelle », devient sous
la plume sèche de Laforgue : « Sûr
d’être heureux ».
-
« Réfléchissant que nous n’avions
que trois heures à pouvoir consacrer aux
mystères de l’amour, je la priai de
me permettre d’en profiter », Laforgue
transforme en : « Je l’ai sollicitée
à se déshabiller ».
-
Là ou Casanova note : « J’ai
toujours trouvé que celle que j’aimais
sentait bon et plus sa transpiration était
forte, plus elle me semblait suave », Laforgue,
assûrement choqué par les « gros
goûts » du Vénitien (dont il
ne faisait pas mystère) rectifie : «
Quant aux femmes, j’ai toujours trouvé
suave l’odeur de celles que j’ai aimées
».
Casanova
- Mémoires
(Arléa)